Eötvös Gábor (1921–2002), le clown musicien hongrois dont une réplique est devenue un dicton national
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Né au sein d'une prestigieuse famille circassienne hongroise, Eötvös Gábor est très tôt initié aux arts de la piste et à la musique. Héritier d'une longue tradition familiale, il développe rapidement un talent exceptionnel qui fera de lui l'une des plus grandes figures du cirque hongrois du XXᵉ siècle.
Son entrée la plus célèbre le mettait en scène dans le rôle d'un musicien passionné. Chaque fois qu'il s'apprêtait à jouer d'un instrument, le maître de cérémonie le lui retirait ou semblait l'empêcher de poursuivre. Mais Eötvös Gábor déjouait systématiquement l'obstacle : de sa longue veste surgissait alors un nouvel instrument, souvent plus petit que le précédent. Trompette, accordéon, violon, puis une multitude d'instruments miniatures se succédaient ainsi dans un enchaînement aussi surprenant que virtuose.
Le public riait autant de la situation comique que de la prouesse technique. Car derrière le clown se cachait un véritable musicien capable de jouer d'une douzaine d'instruments, voire davantage, au cours d'un seul numéro.
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C'est au cours d'une tournée dans une région hongrophone de l'ex-Yougoslavie qu'un incident allait donner naissance à sa réplique légendaire. Un soir, l'un des instruments dissimulés dans sa longue veste resta coincé dans une poche intérieure. Le numéro semblait compromis. Après quelques instants d'hésitation, Eötvös Gábor parvint finalement à dégager l'instrument et lança spontanément au public : ”Nyugi gyerekek, van mááásik !” (en français " Du calme les enfants, il y en a un autre !")
L'assistance éclata de rire. Séduit par l'effet produit, il décida dès le lendemain de reprendre cette phrase avant l'apparition de chaque nouvel instrument. Peu à peu, il en simplifia la formule pour ne conserver que le célèbre : ”Van mááásik !” (”ll y en a un autre ! ”). Prononcée avec une intonation très particulière, en étirant longuement le mot mááásik, cette réplique devint la signature de son personnage.
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Au-delà du gag, le numéro symbolisait la victoire du petit homme sur l’oppresseur : quoi qu'on lui enlève ou qu'on lui oppose, il trouve toujours une ressource cachée pour continuer. Cette idée universelle, et en plus dans un pays de l'ex pacte de Varsovie, explique sans doute pourquoi cette entrée connut un succès considérable sur quatre continents et dans des dizaines de pays.
Pour préserver l'efficacité comique de son numéro, Eötvös Gábor apprit même à prononcer ”Van mááásik !” dans plus d'une vingtaine de langues, tout en conservant le même rythme et la même musicalité. Partout, le public comprenait instantanément le ressort comique : chaque obstacle était suivi d'une solution inattendue.
Le succès fut tel que ”Van mááásik !” entra dans le langage courant hongrois. Aujourd'hui encore, l'expression est utilisée pour signifier : ”J'ai une autre solution”, ”Ce n'est pas fini” ou encore ”J'ai encore une carte à jouer”.
Il est rare qu’un clown donne naissance à une expression devenue proverbe. Eötvös Gábor a réussi ce tour de force.
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Récompensé par plusieurs distinctions artistiques hongroises, notamment le prestigieux prix Jászai Mari, Eötvös Gábor est considéré comme l'une des figures majeures du cirque hongrois du XXᵉ siècle.
Sa renommée dépassa largement les frontières de son pays. Après une représentation en Suisse en 1964, avec le cirque Knie, Charlie Chaplin va féliciter Gábor Eötvös pour son talent ainsi que pour l'originalité de son art.
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Décédé en 2002, Eötvös Gábor demeure une légende du cirque hongrois. Son héritage continue d'être célébré à travers des expositions, des publications et de nombreuses manifestations consacrées à l'histoire du cirque. Plusieurs de ses descendants perpétuent aujourd'hui encore la tradition familiale, notamment au sein du célèbre Eötvös Cirkusz, créé en 1920, et qui porte toujours avec fierté ce nom emblématique.