Mathilde Rupp alias Tilly Bébé (1879-1932)

Née le 27 mars 1879 à Perchtoldsdorf, en Basse-Autriche, Mathilde Rupp grandit dans une famille de commerçants. Son père, Franz Xaver Rupp, est marchand de fruits et légumes, tandis que son grand-père maternel, Ambros Rieder, est maître d'école et compositeur de musique. La disparition prématurée de sa mère, alors qu'elle n'a que neuf ans, marque profondément son enfance. Après avoir suivi une formation de dactylographe, elle travaille quelque temps dans un cabinet d'avocats. Toutefois, sa passion pour les animaux l'emporte rapidement sur cette carrière toute tracée.
En 1897, elle entre au Vivarium du Prater de Vienne où elle est d'abord affectée aux serpents avant de participer aux présentations de hyènes. Cette première expérience lui ouvre les portes d'un univers encore très largement réservé aux hommes.
Le tournant décisif de sa vie survient lorsqu'elle rencontre la célèbre dompteuse Comtesse X, fille du dompteur Joseph-Bertrand Abadie. Cette dernière la forme au dressage des fauves et imagine pour elle un personnage de scène original : celui d'une « petite fille modèle » évoluant au milieu des lions. C'est ainsi que Mathilde Rupp devient, à seulement vingt-trois ans, Tilly Bébé. Avec ses boucles blondes, sa silhouette frêle et sa tenue enfantine, elle pénètre sans crainte dans la cage où l'attend une douzaine de lions rugissants. Le contraste entre son apparence innocente et la puissance des fauves fascine le public et fait rapidement d'elle une véritable vedette du spectacle européen.
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Sa renommée la conduit sur les plus grandes scènes du continent : le Ronacher de Vienne, le Wintergarten de Berlin, le Cirque Medrano à Paris ainsi que les prestigieux cirques Hagenbeck, Krembser et Henry. Dans les années 1920, elle entreprend également une longue tournée en Amérique du Sud. Si ses numéros avec les lions assurent sa célébrité, elle travaille aussi avec des ours polaires, démontrant une remarquable maîtrise des grands prédateurs.
La presse se passionna pour cette jeune femme hors du commun. On raconte qu'elle passait tant de temps auprès de ses lions qu'elle dormait parfois dans leur enclos. Si cette image relève en partie de la mise en scène publicitaire, elle va contribuer largement à forger sa légende. Contrairement aux méthodes coercitives alors courantes, Tilly Bébé privilégiait une relation fondée sur la confiance et la familiarité avec les animaux, ce qui lui vaut aujourd'hui d'être considérée comme l'une des pionnières du dressage moderne des fauves.
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Avec l'âge venant, elle va présenter ses pensionnaires en dompteuse autrichienne en la traditionnelle veste à brandebourgs pour poursuivre sa carrière de belluaire.
Parallèlement à sa carrière dans les cirques, elle apparaît dans plusieurs films muets, parmi lesquels Tilly Bébé, die berühmte Löwenbändigerin (1908), Der Sultan von Johore (1917), Der weiße Schrecken (1917), Wenn das Herz in Haß erglüht (1917), Die Abenteuer des Kapitän Hansen (1917) et Die graue Frau von Alençon (1919).
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Après plus de trente années passées au contact des fauves, Tilly Bébé met un terme à sa carrière et se retire à Vienne. L'ancienne gloire des pistes connaît alors une fin de vie discrète et modeste. Elle meurt d'une pneumonie le 11 avril 1932, à l'âge de cinquante-trois ans.
Aujourd'hui, Tilly Bébé demeure une figure emblématique de l'histoire du cirque européen. Son audace, son indépendance et son talent lui ont permis de s'imposer dans un univers dominé par les hommes, tout en renouvelant l'art du dressage des fauves. Dans sa ville natale de Perchtoldsdorf, son souvenir est toujours entretenu à travers des publications historiques et des expositions qui rendent hommage à cette femme d'exception. Son parcours illustre à la fois l'émancipation féminine au tournant du XXᵉ siècle et l'évolution des relations entre l'homme et l'animal dans le monde du spectacle.