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Publié par cirk75

La tournée Bouglione de 1948 marque à la fois une renaissance pour certains et une nnaissance pour d’autres. C'est ce que nous allons voir. notre chronique débute le 16 mars 1948 à Saint-Denis, sur la place des Tirailleurs-Marocains, et restera une tournée historique dans les annales du cirque à plus d’un titre. 

Après deux saisons 1946 et 1947 placées sous le signe de la reprise, les Bouglione l’année suivante veulent frapper un grand coup en présentant un programme exceptionnel qui comportera notamment trois grands numéros en cage centrale. Nous étions à une époque où l'exibition d'animaux était recherchée. La seconde partie du spectacle s’ouvre ainsi sur la présentation de dix ours polaires blancs, proposés par le dresseur Colmann. Viennent ensuite les impressionnants lions de l’Atlas aux crinières noires, conduits par le dompteur Céler Peterseen, puis les fascinants tigres royaux du Bengale présentés par le belluaire Willy Stevenson.

À une époque où les animaux occupaient encore une place essentielle sur les pistes, les Bouglione étaient particulièrement fiers de proposer un tel plateau. Il faut se souvenir que durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée allemande avait non seulement réquisitionné leurs véhicules et leur matériel sur les routes de Belgique et de France, mais également leur ménagerie. Dans ce contexte, réunir un programme comprenant, outre ces trois numéros en cage, les éléphants présentés par Firmin Bouglione, les poneys de Vasseur et une importante cavalerie sous la direction de Firmin relevait d’un véritable défi.

Ce défi fut brillamment relevé par les quatre frères Bouglione : Alexandre, de son vrai prénom Alfred, Joseph, Firmin — parfois appelé William — et Sampion, prénomé Nicolas. Chez les Bouglione, les prénoms d’usage et les surnoms ont toujours contribué à entretenir une certaine confusion.

Mais cette tournée est également synonyme de naissance, celle des Bario. C’est en effet la première fois que ce nom apparaît seul sur un programme. Jusqu’alors, le public connaissait surtout les Dario-Bario, formés par Dario et Manrico Meschi, ou encore les Bario Juniors, composés de Nello, Freddy et Henny. Les Bario, en tant que trio clownesque autonome, n’existaient pas encore.

Leur création résulte presque du hasard. Manrico Meschi, dit Papa Bario, se retrouve seul lorsque son frère Dario, alors âgé de 68 ans, décide de ne plus se produire que de manière occasionnelle. Bario, qui incarnait à merveille la truculence du bon vivant sans scrupules, gourmand invétéré, toujours prêt à saisir une bonne occasion de s’amuser ou de lever son verre, va poursuivre alors sa carrière aux côtés de ses fils. Alfredo, futur Freddy, endosse le rôle du clown blanc tandis que Nello devient le contre-pitre.

Avec en plus Henny et Lilly, ils forment ainsi la première mouture des Bario (voir blog 06/11/2014), celle qui donnera naissance à la célèbre dynastie clownesque que l’histoire du cirque retiendra.

À bien des égards, ce programme de 1948 apparaît donc comme un véritable tournant : celui du renouveau des Bouglione après les années de guerre et celui de l’émergence des Bario. Une page d’histoire du cirque venait alors de s’écrire.

 

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