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Le bloc-notes de cirk75

Chronique au fil du temps et de la mémoire d'un circophile amateur

L’amateur de cirque (Museum of Fine Arts, Boston)

Publié le 10 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

L’amateur de cirque (Museum of Fine Arts, Boston)

Cette œuvre est due au talent du peintre et graveur français James Tissot (1836-1902) grand spécialiste des fresques représentant la société mondaine à la fin du Second Empire, époque particulièrement éprise des exercices physiques et du Cirque Molier (voir blog27/04/2012). Rappelons que dans cet établissement chaque représentation donnait lieu à plusieurs concours de beauté (le plus beau chapeau, le plus charmant profil, le plus joli sourire etc...). Les messieurs votaient discrètement et les dames (femmes du monde ou femmes de tout le monde) étaient installées à part, sur les gradins à mi-hauteur - pour y accéder et en descendre afin de recevoir leur prix elles devaient emprunter des échelles et donc montrer leurs jambes.

Dans ce tableau qui ne représente pas l'épopée Molier, mais un établissement de la même veine, James Tissot nous montre une partie de la piste, sur laquelle un clown a l’air de meubler et les deux trapézistes statiques semblent attendre en lorgnant le public, car le spectacle est dans l'assistance. Les gradins eux-mêmes sont un dispositif voyeuriste que le peintre a saisi comme un entrelacs de coups d'œil dans un cercle fermé de regards attentifs… Aussi pour nous faire comprendre que le spectacle est dans la salle Tissot a choisi de nous montrer le jeu des regards entre les spectateurs et les artistes de cet établissement.

Au premier plan une femme en rouge est visiblement engagée dans un aparté du regard avec un clown ayant le drapeau britannique représenté sur sa défroque. Le spectateur debout en costume et chapeau noir dirige son champ de vision non pas vers l'acrobate à monocle en rouge (qui lui contemple la spectatrice habillée de rouge), mais plutôt vers le trapéziste en bleu. Enfin la dame en rose à l'éventail nous fixe avec attention... Et pour accentuer cette impression de voyeurisme, le peintre nous montre aussi que certaines de femmes vont même jusqu’à utiliser pour mieux voir des jumelles.

Enfin dernière surprise , en scrutant bien ce tableau on discerne aussi le discret racolage mondain : ces messieurs font leur choix, car lors des soirs pour demi-mondaines, certaines pantomimes très féminines et très dénudées, sous prétexte artistique, étaient l’occasion pour les spectateurs de trouver chaussure à leur pied pour la nuit.

Et oui l'amateur de cirque de James Tissot n’est pas un tableau d’amateurs mais de mateurs…

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Le petit Dragon, 15ème spectacle du Cirque phénix

Publié le 9 Janvier 2016 par cirk75 dans Programmes

Le petit Dragon, 15ème spectacle du Cirque phénix

Tous les 2 ans, depuis 2003 et pour la septième fois, Alain Pacherie (voir blog17/04/2013) nous propose une nouvelle mouture des "Etoiles du Cirque de Pékin", avec cette année en bonus les Moines Shaolin, congrégation déjà vue en 2007 dans un programme où le terme Dragon apparaissait déjà dans le titre du spectacle.

Si cet établissement de divertissement voit ses inconditionnels augmenter d’année en année - il faut dire que le Maître des lieux sait utiliser avec bonheur le petit écran et les "peoples" pour célébrer ses spectacles – pour notre part, depuis 2 ans nous sommes resté un peu sur notre faim, tant les programmes devenaient redondants. Et c’est un peu en rechignant, d’autant plus que la place est à 75€, que nous rejoignons la pelouse de Reuilly, où le chapiteau partiellement rempli est implanté. Il faut dire que les attentats et le porte-monnaie n’ont pas été très porteurs cette année pour les scènes en général et les pistes du cirque en particulier (voir blog27/12/2015).

Comme à chaque spectacle nous devons écouter les sempiternelles palabres un peu lénifiantes, servant de fil conducteur entre les numéros, que l’oncle Alain, nous prenant pour des enfants nous distille, avec cette année en plus un baigneur en celluloïd représentant le petit dragon. Poupée que se repassent entre les numéros les parents, les brigands puis les moines, bref un sentiment de totale vacuité. Rappelons que chez Phénix le présentateur c’est ringard, et il faut bien trouver avec plus ou moins de bonheur un fil rouge, souvenons-nous l’astrologie chinoise en 2013, ou l’abeille en "3 D" mettant en scène en 2007 le spectacle "Extra". Or une histoire en voix enregistrée à tonalités asiatiques ça c’est une trouvaille jeune et moderne, vieille comme l’âge de la radio, mais bon c’est la signature Phénix.

Or cette année, il faut l’avouer, nous sommes surpris, le récit est sobre et les artistes proposent avec des numéros de très haute tenue un retour à l’essence même du cirque chinois, sans salmigondis l’acrobatie.

Mais avant de détailler la dizaine de numéros présentée, il nous semble important de signaler l’exceptionnel travail fait au niveau des costumes qui parent chaque artiste ainsi des décors lumineux qui enveloppent chaque numéro. Un coup de chapeau à Christian William pour les vêtements et à Antonio de Carvalho pour le lumières. Quant à l’orchestration, il est dommage qu’elle soit toujours enregistrée, mais il faut reconnaître que le résultat est en parfaite harmonie avec le travail des artistes, alors donc acte.

Le spectacle débute par un joyeux charivari mêlant jongleurs aux diabolos et acrobates bondissant à travers des cercles. Puis viennent les dames aux lames proposant d’hardies postures aériennes sur cerceaux où chaque artistes tient en même temps en équilibre avec leur bouche une canne soutenant un plateau sur lequel un verre rempli de liquide repose. Puis on voit une prestation où sont combinés deux domaines : la bascule et les jeux icariens, ce qui donne un numéro très rythmé où les doubles ou triples sauts périlleux sont monnaie courante. Puis viennent un quatuor mené par un jongleur de jarres qui charme le public par sa dextérité et son charisme, un porteur qui assemble et maintient en équilibre sur son front 17 petits bancs de bois, une acrobate maniant avec maestria une roue Cyr (spécialité oh combien chinoise !), un numéro de corde élastique qui renouvelle le genre, un splendide équilibre sur canne, des portés acrobatiques à couper le souffle, une troupe d’antipodistes maniant toutes les facettes de cet art et pour terminer deux artistes composant de savantes figures aériennes en utilisant une simple corde souple.

Un vrai régal ce programme, de la grande classe et des numéros de haute tenue, qui nous font complétement oublier notre double ressenti des années passées. Un tel spectacle on en redemande et on en veut bien chaque année. Gageons qu’avec une telle réussite Alain Pacherie a mis la barre haute et que les artistes cubains qui seront présents l’année prochaine pour le programme "Circo de Cuba" devront être bons non très bons, mais nous faisons confiance à la "Phénix Family" pour trouver ces perles rares, non pardon ces cigares rares, car il s'agit d'artistes cubains.

Le petit Dragon, 15ème spectacle du Cirque phénix

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Les clowns du Cirque Medrano (Genève, Petit Palais)

Publié le 8 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

Les  clowns du Cirque Medrano (Genève, Petit Palais)

En premier plan, on aperçoit une chaise de couleur verte, puis de dos un clown son cône blanc sur la tête et revêtu d’un "sac" orangé parsemé de pensées et de feuilles, enfin de face un auguste coiffé d’un canotier tenant au bras droit un large cabas. En arrière-plan on discerne également dans cette composition réalisée en 1910 une partie du bord de la piste ainsi que des poteaux qui semblent soutenir la toile du chapiteau ou ce qui peut paraître comme un filet.

Les clowns du Cirque Medrano ne sont pas des vedettes de la piste, ce sont des anonymes qui de plus ne donnent pas le sentiment d’interpréter une scène, ils ont l’air de parler de leur entrée ou d’un sujet qui les intéresse. Car ce n’est pas la piste illuminée de tous ses feux qu’Edmond-Amédée Heuzé (voir blog24/04/2012) représente dans sa peinture c’est, une fois les lumières éteintes et le maquillage tombé ce qui se passe de l’autre côté de la gardine. Autrement dit le moment où le clown ne fait plus rire, le temps où redevenu un être humain, il doit faire face à sa condition de M. Toulemonde et à sa lassitude. Et c’est exactement cet instant qu’Heuzé aime croquer et que l’on retrouve dans bon nombre de ses toiles,où il représente : le mime Farina, le clown Chocolat (voir blog12/02/12), les Fratellini (voir blog18/05/15) ou Porto (voir blog14/04/13)...

Heuzé est bien plus qu’un peintre amateur de cirque, car il peut revendiquer son côté circassien. Non seulement sous le pseudo de Williams il fut un temps danseur dans la troupe du Moulin Rouge avec La Goulue (voir blog20/09/2013), mais il fut aussi régisseur du cirque Medrano ambulant, et enfin il a épousé Nina Bacquet directrice un temps du cirque Medrano.

Edmond-Amédée Heuzé un chroniqueur du monde de la piste se servant d'un pinceau et non d'une plume pour relater le monde chez Medrano.

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"Le Cirque Medrano" (Paris, Centre Pompidou)

Publié le 7 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

"Le Cirque Medrano" (Paris, Centre Pompidou)

On le sait moins, mais Fernand Léger (1881-1955) un pionnier du mouvement cubiste (voir blog19/03/2011) prendra le cirque Medrano (voir blog07/04/2011) ses acrobates, ses jongleurs ou ses clowns comme modèles pour moult de ses toiles et de cette passion pour les arts de la piste naîtra une réelle amitié avec les célèbres Frères Fratellini (voir blog18/05/2015).

Dans son oeuvre nommée "Le Cirque Medrano" réalisée en 1918, au premier regard on ne perçoit qu’un tourbillon de couleurs et de formes géométriques assemblées sur un même plan. Mais à mesure que l’œil se rapproche et s'affine, des bribes de réalité apparaissent et emportent le spectateur dans le tourbillon et l’univers de la piste où se retrouvent les artistes propres au monde du cirque. Ainsi sur la partie gauche du tableau on peut apercevoir un acrobate au trapèze, en dessous dressé sur ses pattes antérieures un chien savant, au milieu un clown - peut être François Fratellini – et à l’extrême droite un écuyer perché sur un cheval gris.

Et pour mieux indiquer que la scène se situe chez Medrano, Fernand Léger l’inscrit en toutes lettres dans son oeuvre. Regardez dans la partie droite en haut, vous pourrez déchiffrer en aplats bicolores, le nom de l’établissement MEDRA et un peu plus bas le NO manquant puis entre les deux parties du nom de ce établissement l’horaire de la séance : 8h ½.

Le cirque, chez Léger s’inscrit dans un enchevêtrement de formes géométriques variées et aux couleurs éclatantes. Les cercles évoquent la piste, les cylindres les mâts et l'oblique des cônes, les gradins. En peignant des demi cercles, des bandes verticales, des obliques, le peintre nous offre une composition formant un ballet abstrait, avec au milieu des artistes qui semblent des pantins un peu désarticulés.

Fernand Léger en utilisant posées en aplats, des couleurs primaires, le rouge, le bleu, le jaune et aussi quelques touches de vert, veut nous suggérer - nous sommes en 1918 après la guerre - que la paix est revenue, la joie est retrouvée et la vie nocturne aussi.

Avec ce tableau Fernand Léger nous démontre tout l'attachement qu'il portait au cirque en général et à celui du Bd. Rochechouart en particulier.

"Le Cirque Medrano" (Paris, Centre Pompidou)
"Le Cirque Medrano" (Paris, Centre Pompidou)
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"Scène de cirque - Medrano" (Troyes Musée d’Art Moderne)

Publié le 6 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

"Scène de cirque - Medrano" (Troyes Musée d’Art Moderne)

"Scène de cirque - Medrano" est un tableau réalisé entre 1915 et 1917 par Georges-Charles Dufresne, dit Charles Dufresne (1876-1938) représentant dans des couleurs à la fois luxuriantes et sombres la piste de ce cirque parisien (voir blog07/04/2011) dont des fragments des bords sont visibles en bas, à gauche et à droite, ainsi qu'en haut de cette peinture. On peut aussi apercevoir sur la partie gauche un couple debout, probablement des acrobates et sur la droite deux chevaux, un gris et un noir menés par un dresseur en position inversé de manière à suggérer un mouvement de rotation. Les figures inversées et les courbes des bords de la piste rendent compte d’un dynamisme contenu dans une composition qui par ailleurs surprend par sa densité et par une palette aux tons rompus. On ne trouvera pas chez Dufresne de Cha-U-Kao (voir blog28/12/2015) ou de Miss Lala (voir blog01/01/2016), ses personnages restent anonymes.

Dufresne était, comme beaucoup d’autres peintres (voir blog30/12/2015) sensible au spectacle de la piste du cirque Medrano qui lui procurait à la fois l’émerveillement et l’évasion, sans oublier car on les entrevoit dans certaines de ses œuvres, l’intérêt qu’il portait aux animaux.

Peintre, graveur, sculpteur et décorateur il aimait peindre les scènes parisiennes de café-concert, de guinguettes et de cirques un peu dans l'esprit d’un Toulouse-Lautrec (voir blog17/03/2011) ou d’un Ibels (voirblog05/01/2015).

Nombre de ses œuvres, sans jamais avoir été ni cubistes, ni surréalistes mais présentant des proximités évidentes avec ces écoles , attestent de son appétence pour le monde du spectacle et sont accrochées dans de nombreux Musées de Province comme Troyes ou Saint-Tropez…

Charles Dufresne un artiste qui prisait fort le cirque Medrano époque Boum boum (voir blog07/10/2011)

"Scène de cirque - Medrano" (Troyes Musée d’Art Moderne)
"Scène de cirque - Medrano" (Troyes Musée d’Art Moderne)
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"Le Cirque" (Musée des Beaux-Arts de Nantes)

Publié le 5 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

"Le Cirque" (Musée des Beaux-Arts de Nantes)

Un clown de dos, enveloppé dans son "sac" bicolore occupe la majeure partie d’une lithographie vivement colorée, alors que les autres personnages, M. Loyal, le régisseur et l’écuyère, dans l’espace de la piste sont tronqués. En quelques traits souples mais épais, Henri-Gabriel Ibels (1867-1936), croque la silhouette de ces personnages et supprime tout modelé, montrant ainsi son attachement à l’esthétique Nabis, même si les thèmes de ce mouvement artistique postimpressionniste ont rarement été le spectacle. Si l'illustration intitulée "Le Cirque" ne fait pas référence au Cirque Fernando (voir blog01/07/2012), c’est bien de cet établissement qu'il est pourtant question, tant Ibels appréciait l’endroit pour lui-même en n’y cherchant jamais l’extraordinaire ce qui attirait par contre beaucoup d’autres peintres (voir blog04/01/2016).

Fervent amateur du monde du spectacle, comme son ami Toulouse-Lautrec (voir blog17/03/2011) le parrain de l’un de ses enfants, Ibels, peintre, dessinateur, graveur, affichiste, illustrateur, surnommé le "Nabi journaliste" à cause de ses collaborations dans de nombreuses publications, se rendait régulièrement au Cirque Fernando où il y passait beaucoup de temps. Il aimait ce cirque pour son quotidien, pour ses odeurs de la piste ou de l’écurie et, pour ses artistes. Il y passait une heure ou plus afin d’y trouver le point de départ à un de ses nombreux dessins, affiches ou tableaux.

Le Thème de la piste est repris avec bonheur dans beaucoup de ses œuvres et si son inspiration semble assez liée à celle de Toulouse-Lautrec, elle reste avant tout en puisant sa trame dans la vie de la rue, des cafés concerts, des rings de boxe et sans oublié la piste parfaitement intégrée dans la mouvance Nabi, - formes synthétiques cernées d’un contour bleu de Prusse ou noir, intensité des couleurs, planéité de la surface…_ dont il fut avec Paul Sérusier, Pierre Bonnard, Maurice Denis et Paul-Élie Ranson un des membres fondateurs.

"Le Cirque" (Musée des Beaux-Arts de Nantes)

Dans une autre de ses créations de 1890, un projet d'éventail lithographié sur soie, là encore c’est le Cirque Fernando qu'Ibels croque pour représenter dans son style si caractéristique l’écuyère, le clown, l’auguste et la barrière de ce cirque montmartrois.

Ibels un peintre familier des arts de la piste et qui a utilisé le cirque Fernando comme modèle.

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Le cirque Fernando, un établissement prisé par les peintres au XIX° siècle

Publié le 4 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

Le cirque Fernando, un établissement prisé par les peintres au XIX° siècle

Le cirque espace, où formes, couleurs, mouvements, costumes ou postures s'en donnent à cœur joie, de nombreux peintres tels Georges-Pierre Seurat, Henri de Toulouse Lautrec, Pierre-Auguste Renoir ou Edgar Degas, (né Hilaire, Germain, Edgar de Gas), ont régénéré les thèmes de l’art pictural en utilisant ce lieu clos comme modèle. Ils ne peignaient plus un dieu, un bourgeois ou un général, mais une écuyère, un clown ou un acrobate...

Dans ces 4 peintures, où la couleur orange est de mise, en prenant le cirque pour thème et plus particulièrement celui qui était situé à Montmartre à l’angle de la rue des Martyrs et du Boulevard Rochechouart (voir blog01/07/2012), les artistes montraient combien cet établissement, qui quelques années plus tard deviendra Medrano (voir blog07/04/2011) était prestigieux auprès des peintres et des créateurs à la fin du XIX° siècle.

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L'écuyère du cirque Fernando, (Art Institute of Chicago)

Publié le 3 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

L'écuyère du cirque Fernando, (Art Institute of Chicago)

Vers 1880, les cirques parisiens se multiplient et, ils fascinent l’avant-garde artistique (voirblog30/12/2015). Le jeune Lautrec, très attiré par le monde de la nuit montmartrois, fréquente assidûment le Cirque Fernando (voir blog01/07/2013), situé à Paris en haut de la rue des Martyrs. Cet établissement lui inspirera une série d’œuvres majeures dont "L’écuyère au Cirque Fernando" réalisée en 1887. Cette peinture novatrice tant par le choix des couleurs que dans l’organisation de l'espace, avec une ligne diagonale divisant la scène en deux moitiés. Les images du cirque fascinent l’artiste en lui proposant un thème d’exploration plastique au travers lequel il poursuit ses recherches sur la lumière, le corps en mouvement, le corps dans son émotion et dans sa performance.

Sujet récurrent, le cirque, lieu de tous les excès, permet à Toulouse-Lautrec avec la figure de l’écuyère, celle du clown ou de l’acrobate, de souligner sa fascination pour l’art équestre, pour les prouesses physiques, mais aussi de mettre en évidence la dramaturgie du spectacle.

Dans cette toile, également nommé "Au Cirque Fernando, l’écuyère", le peintre met en évidence les tensions émotionnelles et sensuelles qui se nouent entre le chef de piste et l’écuyère. Le premier: le maître de la piste, personnage dominant un fouet à la main, fait gambader un cheval sur lequel se tient une amazone dévoilant avec impudeur ses cuisses, sous le regard de bourgeois venus faire la fête et peut être s'encanailler au contact des belles artistes de ce cirque. Deux autres personnages partiellement représentés : un clown juché sur un tabouret et tenant un cerceau dans lequel l’écuyère va devoir sauter et un auguste déambulant maladroitement de dos et semblant peu s’intéressé à la scène.

L'écuyère du cirque Fernando, (Art Institute of Chicago)

Le spectacle de la piste a tenu un rôle majeur dans la vie de Toulouse-Lautrec. Rappelons qu’au printemps 1889 lors de son internement, pour des désordres mentaux dus à l’alcoolisme, c’est en dessinant de mémoire, une série de 39 dessins sur l'art de la piste qu’il prouve qu’il a retrouvé non seulement sa santé mentale mais aussi sa capacité à travailler. Cette série de dessins aux crayons noirs et de couleurs, réalisées avec cohérence stylistique et virtuosité technique va lui permettre d’abréger son internement et de retourner à sa vie mondaine et de bamboche.

Cette peinture fut longtemps exposée dans le hall du Moulin Rouge. Aussi on peut légitiment se demander si Seurat, autre grand noctambule et familier du Cirque Fernando, ne s’en ait pas inspiré pour son célèbre tableau "Le cirque" (voir blog02/01/2016) où l’on voit sur la piste du cirque Fernando une autre écuyère, tableau qui dégage une tout autre atmosphère.

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Le Cirque (Paris Musée d’Orsay)

Publié le 2 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

Le Cirque (Paris Musée d’Orsay)

"Le Cirque" tableau représentant une écuyère au cirque Fernando (voir blog01/07/2012) est le troisième, d'une série de toiles faisant suite à "Parade de Cirque" et "Chahut", consacrée par Seurat aux spectacles nocturnes parisiens.

Avec cette oeuvre inachevée - le peintre est emporté par une angine diphtérique quelques jours après l'ouverture du Salon des Indépendants de 1891-, nous sommes plongés en plein cœur de la piste du cirque montmartrois où tout semble tourner autour d’une amazone sur un cheval blanc et d'un acrobate virevoltant.

Au premier plan, de dos, se tient un clown à la tête rouge, directement inspiré des affiches de l’époque, notamment celles du peintre lithographe Jules Chéret (voir blog27/12/2013).

A l’arrière-plan, les gradins sont rythmés par des silhouettes figées de spectateurs dont les chapeaux (hauts-de-forme dans les premiers gradins et caloquets de feutre dans les gradins supérieurs) nous indiquent l’appartenance sociale.

Deux espaces cohabitent : celui de la piste et des artistes, tout en courbes, en arabesques stylisées et en spirales, en tension dynamique, voire en déséquilibre ; et celui des gradins et du public, rigide, orthogonal, immobile, d'une rigoureuse géométrie.

L'ordre des couleurs obéit aussi à des règles précises : la couleur primordiale, celle de la lumière pure, le blanc, domine la toile. La palette accorde ensuite les trois teintes fondamentales : le rouge, le jaune et le bleu, modulées en petits traits méthodiques qui font écho au rythme des lignes. Seurat isole enfin son tableau par une bordure sombre peinte directement sur la toile ainsi que par un cadre plat traité avec le même ton bleu, et qui fait partie intégrante de l'œuvre.

Quand on s'approche très près du tableau, on découvre qu'il est composé avec des milliers de points de couleur. Cette technique, le pointillisme ou divisionnisme, part du principe selon lequel notre œil a le pouvoir de reconstituer automatiquement les couleurs. Le peintre ne les mélange pas, il laisse à notre œil faire le travail. La palette, réduite, est d’une luminosité remarquable. Seurat applique les théories de Chevreul sur le contraste simultané des couleurs : l’œil parvient à reconstituer une forme suggérée par la juxtaposition de petites touches de couleurs pures dont le rendu est plus lumineux que si elles étaient mélangées sur la palette du peintre. D’où ces petits points superposés à sec qui donnent aux pigments solidité et éclat.

Le Cirque (Paris Musée d’Orsay)
Le Cirque (Paris Musée d’Orsay)

Encore un nouvel exemple de l"attrait qu'exerçait le cirque du Boulevard Rochechouart à Paris sur le travail des peintres de la fin du XIX° siècle.

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Miss Lala au Cirque Fernando (Londres, National Gallery)

Publié le 1 Janvier 2016 par cirk75 dans Art

Miss Lala au Cirque Fernando (Londres, National Gallery)

Tableau peint en 1879 par Edgar Degas qui représente Miss Lala (voir blog28/12/2013) une célèbre acrobate de la fin du XIX° siècle dans son numéro aérien exécuté au Cirque Fernando (voir blog01/07/2012). L’étonnante netteté de la peinture donne presque le vertige et témoigne de la quintessence du travail du peintre.

Pour réaliser ce tableau Degas a dû assister en janvier 1879 à plusieurs représentations auxquelles se produisait cette artiste. Cette présence sur la durée lui a permis de réaliser sur place plusieurs pastels, et esquisses préparatoires car il était bien entendu impossible de demander à Miss Lala de poser dans cette position.

La structure linéaire de la composition parait par endroits patente, comme les nervures du plafond et la longue verticale légèrement inclinée de la corde qui va du haut jusqu’en bas de l’espace pictural. Le corps de l’acrobate suspendu par les dents au-dessus du public invisible est une étude de muscles tendus en action, dont l’éclairage est aussi inattendu que l’angle de vision.

Remarquons que la couleur de peau de l’acrobate ne crée aucun contraste avec le fond orangé flamboyant qui domine largement la composition. Quant au costume blanc et or de l’acrobate il parait éclairé par un projecteur depuis la piste du cirque, et se fond également dans la toile.

Le pastel et le crayonné qui ont servi d’ébauche montre la manière dont Degas travaille. Par exemple dans la toile la position des jambes de Miss Lala sont repliées en arrière, remarquons que dans l’esquisse du pastel elles sont tendues. .

Miss Lala au Cirque Fernando (Londres, National Gallery)
Miss Lala au Cirque Fernando (Londres, National Gallery)

Ce tableau témoigne que Degas, comme d'autres peintres (voir blog30/12/2015) en plus d'apprécier la danse et les ballets avait également un gout prononcé pour les arts de la piste.

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