Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le bloc-notes de cirk75

Depuis 2010, Chronique au fil du temps et de la mémoire d'un circophile amateur

Les Quatre diables blancs (1929)

Publié le 12 Novembre 2019 par cirk75 in Cinéma

Dans la tumultueuse histoire du cinéma mondial, on ne compte plus les films disparus autrement dit introuvables. Sont-ils cachés dans une cave oubliée de Buenos Aires, dans une remise souterraine à Moscou, ou sont-ils tout simplement détruits voire perdus ? C'est le cas des "Quatre Diables Blancs" (The Four Devils), drame en noir et blanc réalisé en 1928 aux Etats-Unis pour la 20th Century Fox par le cinéaste allemand Friedrich Wilhelm Murnau, un des grands cinéastes de tous les temps,

 

Situé dans le milieu du cirque, cette œuvre cinématographique est présentée, comme c’était  souvent le cas en deux versions, l'une muette, l'autre sonore. Ce film connaît un certain succès, avant de se volatiliser. Il faut dire qu’à cette époque où, à part en France, chacun se contrefiche des films du passé, la malchance s'en mêle aussi: un incendie ravage les réserves du studio, il ne reste désormais plus qu'une copie. Et la fatalité veille. Des années plus tard, l'une des actrices du film, Mary Duncan, demanda qu'on le lui projeta, mais ne supportant pas de se voir si  jeune et si belle, dans un mouvement de colère elle  jeta les bobines dans le Potomac. Adieu ce chef d’œuvre de FW Marnau…

 

Les Quatre Diables sont quatre acrobates, deux hommes, deux femmes parmi lesquels l'un fait chaque soir le saut de la mort au-dessus de spectateurs qui retiennent leur souffle. Le trapéziste volant rencontre un soir une belle mondaine au sang chaud d'où un conflit entre son métier, son milieu et ses partenaires. Bref tous les ingrédients pour faire un drame : un cirque ambulant, une trapéziste jalouse des attentions amoureuse de son partenaire pour une autre femme et cela donne forcément une fin dramatique, quand la trapéziste lors du numéro laissera choir son compagnon, puis se tuera, en s'écrasant sur la piste...

 

 Alors pourquoi parler d’un film qui fait le désespoir des cinéphiles et qui est généralement inconnu des circophiles  d’autant plus, qu’aucun artiste circassien n’est crédité au générique ? Il me semble qu’il faut parler dans un blog dédié au cirque des Quatre Diables Blancs pour deux raisons au moins .  

 

La première car FW Murnau a su parfaitement selon Adrain (voir blog26/06/2012) s’imprégner :" de l’atmosphère du cirque en suivant quelques jours l’immense chapiteau de Barnum & Bailey… Tour à tour il nous donne le regard du spectateur à travers ses jumelles et celui de l’artiste depuis son trapèze. Nous scrutons avec l’un, chavirons avec l’autre ; c’est aussi souvent plus avec l’attitude du public du public, grâce aux panoramiques enthousiasmants, que par une vision directe  que nous percevons un exercice. Ombres, lumières tour à tour tamisées, gros plans porteurs de tragédies en puissance servent l’action plus que les mots. S’y ajoutent les symboles : ainsi la rose envoyées par la vamp à l’acrobate a une épine et celle-ci piquera sa fiancée… Et comment ne pas être séduit par des compositions quasi picturales telle l’arrivée en piste des 4 diables debout chacun sur des chevaux blancs."

 

La seconde, est peut-être plus pertinente. Soucieux de rendre crédible certaines scènes F W Murneau avait fait appel pour réaliser ces plans aériens aux plus célèbres trapézistes de l’époque et peut être aussi de tout temps : les Codona (voir blod15/10/2019). Il les avait filmés de loin pour que la confusion entre les acteurs soit complète, mais les initiés ayant eu la chance dans les années 30 de voir ce film, gardent selon Adrian : " dans la rétine les visions oniriques et superbes de corps semblant voler dans l’espace hors de tout agrès, en particulier au cours d’un double passage."  Malheureusement comme on l’a déjà mentionné le générique du film ne mentionnait aucunement leur merveilleux talent qu'ils apportent à cette production cinématographique.

 

Aujourd’hui ce film est invisible, mais reste-t-il une chance de retrouver ce Graal pour un cinéphile ou un circophile ? Henri Langlois le fondateur de la Cinémathèque française  n’avait-il pas coutume de dire que s'il restait une copie elle devait se trouver quelque part à Moscou. En effet en arrivant les premiers à Berlin en 1945 les Russes ont saisi notamment notamment le matériel de la Fox dans lequel se trouvait éventuellement ce film.

Mais qui aujourd'hui ira fouiller dans les archives d'un régime de nos jours disparu ?  Alors il semble bien que nous ne reverrons plus jamais ce chef d’œuvre de FW Marnau…

Commenter cet article