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Le bloc-notes de cirk75

Depuis 2010, Chronique au fil du temps et de la mémoire d'un circophile amateur

François Bidel (1839-1919) Un lion parmi les lions

Publié le 1 Avril 2018 par cirk75 in Dompteurs

Photo de Mandar

Photo de Mandar

Jean Baptiste, François Bidel, dit François Bidel nait à Rouen le 23 novembre 1839. Son père d’origine paysanne avait délaissé la terre pour présenter dans les foires et fêtes normandes  des panoramas des guerres du Ier Empire. Puis une fois la mode napoléonienne passée le père Bidel avait monté un cabinet d’histoire naturelle où quelques animaux vivants voisinaient à côté d’autres empaillés. Bref  les Bidel étaient des gens du voyage et le jeunes François  un enfant de la balle.

A la mort de son père, il n’a pas 6 ans, il suit sa mère qui se remarie avec Upilo Faïmali un dompteur italien qui s’était fait remarqué en France à l’Hippodrome de l’Etoile (voir blog30/03/18). Le beau-père mène la vie dure à son beau-fils qui s’enfuit et vit au hasard des rencontres.  Après divers métiers il rencontre le musée de cire ambulant de M. Lécuyer où il est engagé comme bonisseur pour attirer le chaland. Chez les Lécuyer il remarque aussi la fille, sa cadette de 3 ans et devient éperdument amoureux de la jeune Marie Mais la nostalgie des fauves est là et Bidel  quitte la famille Lécuyer en jurant à son amoureuse qu’il reviendra l’épouser et, part pour se confronter aux gros félins.

C'est ainsi qu'après quelques petits boulots, il fait un passage comme garçon de piste à la Ménagerie Bernabo, ou exhibe quelques serpents pour la Ménagerie Schmidt. Puis étape à Anger où il retrouve 7 ans plus tard les Lécuyer, et  Marie maintenant majeure. Les jeunes se marient et Bidel pour faire bouillir la marmite accepte une place de régisseur au cirque Rancy où il dressera 2 chevaux sauvages et 2 loups.  Se doutait-il en travaillant dans cette entreprise que quelques années plus tard sa fille Jeanne épousera Alphonse un des fils de Théodore Rancy (voir blog22/09/11) ? Certainement pas, car le destin est souvent inattendu.

 

Puis ayant quelques économies, une fois à Lyon il se procure un singe, un boa constrictor et 2 caïmans le tout formant la genèse de la Ménagerie Bidel, qui avec le temps va se développer considérablement et devenir l’une des plus importantes du monde.

Chevelure noire rejetée en arrière, voix impérieuse, regard dominateur, le belluaire travaille maintenant en redingote bleue ou noire, culotte collante gris perle et botte à l’écuyère, ce qui ajoute un certain chic à son allure générale. Bidel, en opposition avec les autres dompteurs qui affichent bien souvent un laisser-aller vestimentaire, a on le voit le soucis de la mise élégante et du bon goût aristocratique. 

Autre particularité bidelienne, il présente  ses numéros en cage centrale ce qui pour l’époque est une nouveauté. Et en faisant se déplacer les fauves et en les présentant en férocité il obtient ainsi de de forts rugissements ou grognements qui impressionnent beaucoup les spectateurs, qui viennent de toutes les couches de la société. Et c’est ainsi qu’en Italie Victor-Emmanuel et en Espagne Alphonse XIII sont un jour venus l’applaudir et y prendre un grand intérêt.

Bidel a même dompté un Préfet de police, au nom charmant de Gigot. En effet le Préfet Gigot refusait,  que le dompteur installe sa ménagerie d’une façon stable à Paris sur  un terrain situé Bd. Richard-Lenoir. Mais Bidel fut plus coriace que le tendre Gigot et obtient à la longue une autorisation de 6 mois, puis il ira s’installer dans une annexe des Magasins Généraux, place du Château d ’eau avant de reprendre ses tournées en province.

Mais un certain 6 juillet 1886 à la fête de Neuilly (la célèbre fête à Neu-Neu) un splendide lion nommé Sultan l’agresse. Bidel doué d’une force peu commune échappe de peu à la mort en serrant entre ses mains la gorge de son agresseur, pendant que deux fidèles assistants Ludovic et Gaétan Manetti lui viennent en aide.

Suite à cet accident qui aurait pu être mortel, il a tout de même reçu 17 blessures au cou, à la nuque et à l’épaule il doit rester alité 3 mois. Pendant cette période de repos forcé Bidel ne reste pas inactif. Il rédige avec le journaliste et écrivain Edmond Bazire ses mémoires, et jette les bases d’une mutuelle pour venir en aide aux forains nécessiteux.  Et  grâce à son entregent  que le 20 avril fut portée sur les fonts baptismaux "La Mutuelle Industrielle", dont il fut le 1er  président avec Jean-Baptiste Revest, un propriétaire de manège à bateaux et Ferdinand Corvi un un propriétaire d’un cirque ambulant comme Vice-Présidents.

Comme on voit  fin  XIX° siècle Bidel est à l’apogée de sa gloire. Il est tant célèbre que son nom de famille est même devenu un nom commun utilisé en marine comme dans les chemins de fer.

Ainsi dans la marine, le capitaine d'armes est  familièrement désigné sous le sobriquet de bidel. En effet parmi  ses prérogatives il doit  faire respecter la discipline notamment lors d’une escale, il doit gérer les permissionnaires parfois turbulents après une bordée à terre trop arrosée. On pense que ce sobriquet est né d'une plaisanterie de matelot à propos d'un capitaine d'armes se targuant de savoir dresser les fauves.  D’où cette expression c’est un bidel !

Mais ce n’est pas tout, entre les deux guerres mondiales certains wagons de tramway ou de train de banlieue (voiture à deux étages, avec une impériale fermée par des treillis évoquant un grillage) ont été surnommés Voiture Bidel en raison de leur ressemblance avec les véhicules de transport des fauves de la ménagerie Bidel.

Bref Bidel n’est pas qu’un belluaire c’est une légende, un mythe, qui fascine son époque et n’arrête pas. Avec l’arrivé du cinématographe, comme on appelait à cette époque l(invention des frères Lumière, il transforme sa Ménagerie en théâtre zoologique avec  projections cinématographiques complètant le spectacle, où les dompteurs déguisés en arabes, indiens, esquimaux font travailler dans des décors appropriés des lions, tigres, ours polaires…

Mais la maladie commence dramatiquement  à l’handicaper, aussi Bidel se retire dans sa maison à Asnières et décède le 24 décembre 1909 quelques semaines après son épouse Marie qui s’était éteinte le 3 septembre.

Le 22 février 1910 sa ménagerie fut vendue aux enchères place de la mairie à Asnières, la légende Bidel est définitivement morte.

De nos jours où les rapports entre l'animal et l'homme sont remis en question, où l"animal possède des droits du moins dans la plupart des pays occidentaux, les ménageries qu'a su créer Bidel représentent une époque antédiluvienne, un temps révolu,  et difficilement compréhensible en 2018.

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