Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le bloc-notes de cirk75

Chronique au fil du temps et de la mémoire d'un circophile amateur

L’écuyère (Musée Faure d’Aix-les-bains)

Publié le 23 Janvier 2016 par cirk75 in Art

L’écuyère (Musée Faure d’Aix-les-bains)

Voici une toile éclatante montrant en pleine lumière, sur un cheval blanc lancé au galop, une écuyère qui exécute une audacieuse pirouette. Mais quelle figure propose-t-elle exactement ? Dans le flou délibéré de son pinceau, Pierre Bonnard (1867-1947) laisse planer le mystère. D’autant que le visage de la jeune femme est à peine esquissé, au-dessus de son épaule étrangement levée… Derrière elle, quelques rares spectateurs, noires silhouettes sans visage, observent la scène depuis les gradins du cirque. On voit d’abord un nœud rose dans les cheveux blonds de la demoiselle, une "trousse" pailletée qui lui donne des allures de sirène et une bride jaune d’or de sa monture frémissante, puis nous sommes happés par le mouvement tournoyant dont le peintre a su animer cette petite toile de 27 cm de haut sur 35 cm de large.

Pierre Bonnard, un des chefs de file du mouvement Nabi, propose une nouvelle manière de restituer la lumière, se démarquant ainsi des impressionnistes, auxquels il rend pourtant un dernier hommage dans les irisations par petites touches de la "trousse" de l’acrobate équestre. Le reste du tableau est entièrement traversé de larges courbes parallèles d’un rouge foncé alternant avec d’autres raies d’un turquoise moucheté d’or : ce sont les gradins du cirque, d’ailleurs bien clairsemés…

Pierre Bonnard mélange ainsi joyeusement les bleus, les gris et les roses comme dans un ciel à l’envers, tout diapré et chatoyant. Quel contraste avec les sombres spectateurs portant chapeau, aussi compacts et anonymes qu’est rayonnante la jeune écuyère aux cuisses fuselées couleur de pêche !

Les "bonnardiens" pensent que cette scène a été réalisée in situ, au cirque Medrano de Paris (voir blog07/04/2011) mais très curieusement Bonnard ne reprendra jamais plus dans sa production le thème du cirque, ce qui donne tout son prix à cette ravissante exception achetée à Drouot dans les années 1930 par le docteur Jean Faure et, dont son lègue de 220 œuvres impressionnistes et pré-impressionnistes à la ville d’Aix-les-Bains a servi de base à la création de ce magnifique Musée de province.

L’écuyère de Pierre Bonnard un extraordinaire tableau sur l’art équestre un peu méconnu, car aux dires de son Conservateur il ne sort jamais du Musée Faure et si on veut le contempler il faut obligatoirement faire un saut jusque à Aix-les-Bains ce qui en soi n'est pas désagréable ...

Commenter cet article